La montre

le 23/07/2010 à 02h 35min 18s

C’est qu’il roule quelque chose sur la terre noire, sous la croute osseuse du ciel vide
Fine l’aiguille ne tourne plus dans le bon sens, s’enfuyant par delà le cadran brisé des minutes amères, court chuchutant vers un carrelage poussiéreux que du sang peint
O raison funeste, l’invite du temps contre le carreau crasseux d’une fenêtre dépressive, sans place pour le corps gisant en haut, n’en a pas eu raison de cette vie qu’au final tu aimais temps
Dernier espoir soufflé que s’apprête à endormir le soleil couché
Dans son évanescente disparition
Atténue le trouble tenace
Attendu l’évanouissement confondu, la pile toujours insérée
Que montre ne cesse d’être arrêtée

Le puits

le 13/07/2010 à 17h 19min 27s
L’épouvantail, bras écarté, se laisse picorer les yeux par les corbeaux que le soleil ne se lasse de noircir,
Le vent s’est endormi aux abords du champ où l’herbe jaunie craque.
Sur le chemin caillouteux, une ombre avance, si droite,
Qu’il est difficile d’imaginer qu’elle plie le genou,
Fière comme une ampoule dans une forêt de ténèbres,
Elle tremble avec assurance
S’avançant à pas mesurés vers cette déchirure maladroite qui perce le paysage d’un centre mystérieux :
Le puits brille de l’éclat de sa fraîcheur.
Le nœud lié entre l’ombre et le trou se dessine plus clairement maintenant que le ciel s’est vidé de ses nuages.
Elle s’empresse de glisser vers le fond de sa course,
Lève le regard une dernière fois vers la source des ombres,
Et disparaît dans le silence ennuyeux où les insectes grouillent.


Le meurtre

le 07/06/2010 à 02h 49min 28s
Le craquement sec crié dans la nuit
Râcle les tréfonds gras de l’ombre crasse
Puis cède place sans laisser de traces
Au sinistre éclat de la marre qui
Etincelle le sol des reflets lunaires.
La face collée contre la poussière,
Le cadavre d’un jeune éphèbe git,
Sous les feux mous des sirènes à venir.

Si jamais

le 18/05/2010 à 02h 26min 58s
Ces jolis yeux, si jamais
Si jamais je ne les aimais
Plus je pourrais enfin dormir
En paix. Si jamais j’osais
Oublier la nostalgie, les jours passés,
Je jurerais, heureux de râler contre les jalons
Noirs plantés dans le champ des mauvais
Souvenirs, fidélité
A ma liberté retrouvée capable
Enfin de dormir en paix.
Mais mon cœur s’accroche
Comme une herbe récalcitrante
A ces cahots d’hier qui traînent
Dans leurs sillons la mélancolie
Crasseuse des jours pluvieux.

D'un souffle

le 08/04/2010 à 20h 06min 45s
Si jamais tu crois, j’entends par là avec conviction, que tu peux éteindre le monde, d’un seul souffle, aussi bien que l’enfant qui n’a pas reçu de cadeau le peut des bougies plantées sur le gâteau que ses parents ne lui ont pas offert, si jamais tu n’as pas peur de trembler au moment de la grande coupure, que tu finis par te relever pour te tenir droit, du plus droit que tu puisses te tenir, et que malgré tout, tu paraisses quand même courbé face au monde s’agitant devant toi, si à ce moment s’offre à ta conscience la tentation de tout anéantir et que tu ne verses aucune larme, tu seras peut-être , je dis bien peut-être, capable de pouvoir essuyer l’amas des regrets qui se sont échoués juste devant ta porte, là près du carré des roses et de prendre un mouchoir pour les y abîmer, tu pourras en ramasser les cendres, et si tu résistes à la chaleur qui, à n’en point douter, rongera jusqu’aux tendons de tes mains, tu seras en mesure peut-être, et là encore j’insiste sur ce peut-être, de refermer ce tissu et d’y contraindre par un geste calculé et mesuré, l’un de ces gestes que font si bien les maîtres d’arts martiaux, le monde tout entier, avec tout le voluptueux qui se tapit quotidiennement dans l’ombre des poches, car il faut savoir que le plus formidable mystère de ce monde n’habite pas les grandes énigmes mais qu’il se compose de l’accumulation des petits secrets quotidiens de la longue traîne, dont toi, dont moi nous faisons tous partie, tu pourrais une fois le geste accompli ranger le mouchoir bien plié, et par bien, note que je ne n’entends pas, surtout pas: "correctement" du correct de la chemise cravate, le tapir dans l’antre des choses insignifiantes du tous les jours, dans l’entre de la chaire chaude et du vent glacé, l’enfouir au plus profond, le coller contre le fond du fond du fond en l’accompagnant de la pointe de tes doigts et faire tout disparaître comme disparaît le dernier souvenir quand on s’endort.

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